Pris dans la toile...

Une vieille dame quelque peu indigne, sa petite-fille et, au plafond, une araignée. 

Voilà les trois protagonistes du récit de Claude Bonvin, qui nous entraîne dans les souvenirs de Jeanne (c’est elle, la grand-mère), qui décide de transmettre le fil de sa vie à Isabelle (la petite-fille sur le point d’accoucher de son premier enfant). 

Mais la vie que raconte Jeanne est-elle vraiment celle qu’elle a vécu? Isabelle en doute par moments. Il faut dire que sa grand-mère ne prend pas de gants pour parler de sa vie sexuelle, amoureuse et criminelle. Oui, Jeanne pourrait être une meurtrière. Ou alors aurait voulu l’être. Ou ne souvient plus très bien si elle l’a été.

D’ailleurs, la mémoire, qu’est-ce que c’est exactement? Comment ça fonctionne? Avec des décennies de recul, nos souvenirs sont-ils les empreintes de la réalité que nous avons vécue ou celles de nos phantasmes qui ont fini par devenir réels? Ces questions, le lecteur se les pose en essayant de suivre la narration de cette vieille dame qui a été très en avance sur son temps dans sa lucidité sur les rapports amoureux des humains, mais qui est totalement réac lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets comme l’écologie. 

Violée à l’adolescence, brièvement mariée à un ivrogne, consommatrice d’hommes dans son temps libre, mais amoureuse sincère d’un homosexuel avec qui elle a vécu des années d’un bonheur platonique, la vie de Jeanne n’a pas été un long fleuve tranquille. Ou peut-être que si. Peut-être qu’elle a été plus pathétiquement banale. Isabelle nage en plein doute pendant que chaque semaine sa grand-mère tisse pour elle la toile de son récit.

Et l’araignée dans tout ça? 

Elle ne perd pas une miette des histoires de Jeanne, qu’elle commente avec sa sagesse arachnéenne aiguisée et le regard désabusé de ses huit yeux sur l’humanité qui l’entoure. Ce qui est sûr, c’est que la bestiole aime bien les excursions de la narratrice dans les entrelacs de la fiction, bien plus excitante que la réalité « et [du] mensonge bien plus aguichant que la vérité ». Pour savoir où exactement s’arrête la réalité et où commence la fiction, il faudra suivre Jeanne jusqu’au centre de sa toile, un ouvrage complexe, mais maîtrisé pour finir par faire sens.

(texte: Thomas Loosli)

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Claude Bonvin

Il est né à Sierre, il y a quelques années, un livre à la main.

 Jeunesse heureuse dans cette ville avec pour passions le football et la littérature et pour idoles Cruyff et Camus. Licence en Sciences politiques illuminée par ses phares, le FC Liverpool, Proust, Céline et Kundera.

Études parachevées par quinze ans de journalisme à Berne puis à Lausanne et en permanence un livre dans sa poche revolver. Enfin, reprise de l’entreprise familiale de distribution de boissons et des livres sur son petit bureau, dans sa petite auto.

Désormais on peut le voir se promener à Lausanne, un livre à la main. Son livre ! Son premier roman (bientôt) publié par les Éditions Zarka.

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