D’ailleurs, la mémoire, qu’est-ce que c’est exactement? Comment ça fonctionne? Avec des décennies de recul, nos souvenirs sont-ils les empreintes de la réalité que nous avons vécue ou celles de nos phantasmes qui ont fini par devenir réels? Ces questions, le lecteur se les pose en essayant de suivre la narration de cette vieille dame qui a été très en avance sur son temps dans sa lucidité sur les rapports amoureux des humains, mais qui est totalement réac lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets comme l’écologie.
Violée à l’adolescence, brièvement mariée à un ivrogne, consommatrice d’hommes dans son temps libre, mais amoureuse sincère d’un homosexuel avec qui elle a vécu des années d’un bonheur platonique, la vie de Jeanne n’a pas été un long fleuve tranquille. Ou peut-être que si. Peut-être qu’elle a été plus pathétiquement banale. Isabelle nage en plein doute pendant que chaque semaine sa grand-mère tisse pour elle la toile de son récit.
Et l’araignée dans tout ça?
Elle ne perd pas une miette des histoires de Jeanne, qu’elle commente avec sa sagesse arachnéenne aiguisée et le regard désabusé de ses huit yeux sur l’humanité qui l’entoure. Ce qui est sûr, c’est que la bestiole aime bien les excursions de la narratrice dans les entrelacs de la fiction, bien plus excitante que la réalité « et [du] mensonge bien plus aguichant que la vérité ». Pour savoir où exactement s’arrête la réalité et où commence la fiction, il faudra suivre Jeanne jusqu’au centre de sa toile, un ouvrage complexe, mais maîtrisé pour finir par faire sens.
(texte: Thomas Loosli)
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