Les bonnes nouvelles de Thomas Loosli !

Vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenus. Dès le titre, «Un succès littéraire», le ton était donné. On allait voir ce qu’on allait voir… Et on a vu !

Vingt-cinq nouvelles originales, trente années d’écritures disparates, toute une vie. Thomas Loosli nous prend par la main comme un conteur mi-naïf, mi-farceur. Il nous entraîne dans des récits qui coulent comme du miel sur la biscotte.

C’est sucré, ça donne envie et puis ça déborde sur les doigts. On lèche jusqu’aux ongles pour ne rien perdre. Son écriture est d’une fluidité d’un autre temps.

Le temps justement. Le temps que l’auteur prend pour conter, ciseler une scène, plaquer des mots simples, justes, précis, comme dans La Chambre. Le narrateur à la manière d’un expert poète de la police scientifique passe une pièce banale au peigne fin. Très fin.

Une chambre du passé où l’on ouvre une armoire qui empeste «une odeur douce et âcre de nostalgie et de regrets.» On y est, la chute n’en sera que plus surprenante.

Ce n’est qu’un début. L’éventail de récits intemporels nous entraîne ensuite sur les traces tristes et tendres d’un petit tailleur ou d’un horloger démodé. Leurs mondes s’effondrent. Les couches d’habitudes rancies et de certitudes mitées nous touchent. Ces courtes nouvelles serrent le cœur.

Et que dire du Jardin extraordinaire. Le titre aurait pu rebuter. Sauf qu’une narratrice piégée par une fleuriste diaphane («elle était jeune encore, mais cela ne se voyait plus»), ça ne se refuse pas. Et pour sortir de la «brume du désespoir», l’écriture s’impose. Elle finit même par mettre le lecteur en jeu. Celui-ci va-t-il jouer? À nous de jouer.

Et puis il y a l’inépuisable source des péchés capitaux. La vengeance par exemple. Arrêtons-nous sur Confessions. Là, l’homme d’Église est un animateur nocturne d’une improbable radio siglée Love FM. De chaque côté de l’homme au redoutable caquet, une femme armée et un «Othello de bazar», lui aussi arme au poing. Le trio infernal est en place, il ne reste plus qu’à se régaler.

Le meilleur pour la fin. La cerise sur le gâteau Loosli: deux bijoux sortis de glauques balades entre un manoir anglais (Parfum d’un crime d’été) et des fonds londoniens plus ou moins bas (Mots croisés). On y croise des inspecteurs délicieux - à la mode britannique - et des personnages qui nous filent entre les yeux. Il faut relire ces deux nouvelles immédiatement. On retrouve la patte nette de l’auteur. Pas un mot de trop, un juste mot. On relit aussi pour quelques saillies joyeuses : «l’inspecteur Roe n’aimait pas les veuves» ou «mon cher cousin James était donc bel et bien mort. À part lui-même qui s’en plaindra?»

Écrire pour être lu, comme cela semble simple. Thomas Loosli nous avait avertis en préambule, ses vingt-cinq nouvelles ont mis trente ans pour trouver une éditrice. Un chemin de fatigue, d’oubli, de désespoir, de lueurs aussi.

Avec deux récits peut-être autobiographiques, il nous raconte ce que veut dire écrire sans pouvoir être lu. Au bistrot avec une serveuse inspiratrice (Au Café de la gare) ou face au froid éditeur (Un succès littéraire), il rame. Et nous ramons avec lui. Et bon sang, ce que ça fait du bien!

Le lecteur en redemande, il veut du Loosli. Il hurle: encore! 

(texte: Guy-Olivier Chappuis)

Lire une nouvelle

Thomas Loosli

Né en 1962, il a passé son enfance dans le Jura suisse avant de bourlinguer à travers le monde et d’obtenir une licence en lettres à l’Université de Genève. Depuis une vingtaine d’année, il réside à nouveau à Tramelan, dans la région du Grand Chasseral.

Depuis qu’il sait tenir un crayon, Thomas Loosli écrit des histoires, des poèmes, des nouvelles, des scénarios, des pièces radiophoniques, du théâtre, des commentaires, des dissertations, des réflexions, des interrogations, beaucoup de digressions, des choses inclassables, des slogans de pub, des articles de presse, des présentations d’artistes, des traductions, des textes pour nourrir son prompteur devant la caméra de TeleBielingue, des coups de gueule, des coups de coeur, des coups de blues et des chansons.

Il publie son premier roman "L'élargissement" aux éditions Torticolis et frères. Un deuxième roman paraîtra ce printemps aux mêmes éditions.

Mais c'est les Éditions Zarka qui ont pu se saisir de ses nouvelles!

Last but not least: Thomas Loosli est aussi Thomas Loisol...

Recherche