Une plongée féministe dans les bas-fonds de Genève

Avec son polar «Violet infernal», l’auteur suisse Guy-Olivier Chappuis nous emmène à la découverte d’une autre Genève que celle des prestigieuses institutions internationales, des salons feutrés des banques privées au secret bien gardé et des cartes postales qui font jaillir joyeusement leur Jet d’eau.

L’action commence dans la rue, pendant le grand cortège de la Grève des femmes du 14 juin 2019. Et dans la rue, elle va le rester pour l’essentiel : dans le quartier des Grottes, en compagnie des toxicomanes qui s’y ravitaillent, et dans les endroits interlopes des Pâquis où les filles font le trottoir et les affaires louches se trament au fond des bars sordides.

Louis tente de s’affirmer en tant qu’homme ouvert d’esprit et de journaliste intègre dans un entourage où le féminisme montre tour à tour ses différents visages.

Entre son amante de jeunesse ressuscitée, qui traîne derrière elle un parcours de vie peu calviniste, entre trafic d’êtres humains et passion homosexuelle, sa chef de rédaction, qu’il apprécie et respecte, et dont il suit les ordres comme un bon petit soldat de l’information, une jeune collègue qui le séduit de manière classiquement banale et la femme énigmatique qui mène la danse et tente d’imposer son terrorisme féminin à large échelle, le cœur et l’esprit de Louis balancent.

Qu’est-ce que le féminisme aujourd’hui? Comment l’aborder, quand on est un homme cisgenre lambda comme Louis? Ces questions se posent au lecteur au fil du roman, à travers les épisodes et les dialogues qui entraînent ses protagonistes vers leur fin dramatique. 

Si Guy-Olivier Chappuis esquisse les portraits psychologiques de Louis et de «ses» femmes, il n’en néglige pas moins l’action. Nous sommes bien dans un polar, avec un hold-up, un attentat à la bombe et l’enlèvement d’un haut dirigeant. Même la pègre des banlieues lyonnaises va s’en mêler. Et que fait la police? Elle est présente, mais discrètement, et toujours avec un temps de retard sur l’enquête du journaliste. 

Lui-même journaliste, désormais à la retraite, l’auteur garde de son métier la rigueur de la description et la concision du style. Ainsi tous les décors, en particulier ceux de Genève, par lesquels passent les personnages, sont criants de vérité. Le travail de Louis et de ses collègues du journal pour lequel il écrit est également très bien documenté et décrit avec un réalisme qui sent le vécu jusque dans les moindres détails.

En refermant le livre, on est loin de voir la vie en rose. C’est le violet qui domine et qui teinte pendant un long moment nos réflexions, quel que soit notre genre, sur les enjeux de la lutte féministe et les moyens de la faire aboutir à un monde meilleur, qui adviendra une fois que la guerre des sexes sera, peut-être un jour, achevée.

(texte: Thomas Loosli)

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Guy-Olivier Chappuis (Goc)

Il est né à Saint-Légier sur Vevey en 1956. Journaliste de métier et passionné de littérature, aujourd'hui retraité.

Depuis 2021, Goc dédie aujourd’hui le plus clair de son temps à ses passions, l’écriture et la lecture. Avec ses complices Claude Bonvin et Raphaël Guillet, ils créent «Le Joufflu», une petite entreprise de création littéraire. En octobre 2022, Goc publie son troisième ouvrage, «Les Pinceaux de Feu», après «La Voix du souvenir» en février 2021 et «Sous le Viaduc» en mars 2016.

Vous en apprendrez encore plus en visitant son site d'auteur!

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